Première pièce de théâtre sur les homosexuels en Tunisie


La metteure en scène tunisienne Assia Jaibi a présenté la première pièce de théâtre sur les homosexuels en Tunisie, présentant un "défi" dans un pays conservateur où l'homosexualité est encore sévèrement interdite et réprimée.

La pièce "Flagranty" ou "Habillé d'un crime",  a constitué un "grand défi" puisqu'il a fallu neuf mois de travail continu pour préparer.

L'œuvre a été produite en partenariat avec l'organisation locale de défense des droits des homosexuels "Mawjoudin", avec six acteurs âgés de 23 à 71 ans, dans le but de montrer que les conflits liés à l'identité et à l'orientation sexuelle traversent différentes générations.

Dans un style de "comédie noire", les acteurs, pour la plupart des amateurs choisis pour cette tâche sur audition, incarnent des personnages dont la liberté est "complètement saccagée", ils sont victimes de violences au sein de leur famille, dans les rues et dans le lieu de travail.

En Tunisie, les militants de la défense des droits des homosexuels sont sortis de l'ombre après la révolution de 2011, avec l'émergence d'organisations et d'associations locales défendant leurs droits, ce qui est relativement rare dans le monde arabe.

Cependant, les conditions de leur vie quotidienne sont toujours difficiles, selon les organisations locales et internationales de défense des droits de l'homme, compte tenu du fort rejet social à leur encontre, ainsi que de l'interdiction légale.

Une photo sur un téléphone portable pourrait conduire son propriétaire à une arrestation, à des violences verbales et physiques, avec des poursuites et l'imposition d'un examen anal pour prouver son orientation sexuelle.

Cité par AFP, Assia Jaibi a expliqué que "Flagranty" traite de "sujets tabous, et parle d'une réalité en Tunisie que nous ignorons, et à travers ce travail nous essayons de montrer au public".

En outre, l'article 230 du Code pénal tunisien criminalise, dans les versions arabe et française, la « sodomie » et la « shahaqah » avec des peines pouvant aller jusqu'à trois ans de prison pour ceux qui « publient volontairement l'indécence ».

De sa part, l'association Mawjoudin a confirmé que 59 personnes ont été emprisonnées sur la base de ce chapitre entre 2020 et octobre 2021.

'Flagranty" soulève d'autres sujets, notamment la corruption dans la police, au système judiciaire, l'impunité et la fuite des cerveaux, révélant la souffrance des homosexuels qui ne peuvent pas vivre avec la liberté qu'ils désirent.